[Critique] Nick Cave and the Bad Seeds – Ghosteen

Note : 4.5 sur 5.

Sortie le 4 Octobre 2019 :

Il eut fallu pour Nick Cave, créer, pour se transcender, perforant le drame que peut représenter l’existence dans son infinie cruauté. Et si le deuil avait un aboutissement, il ne pourrait être plus sublime que Ghosteen, au crépuscule de toute chose. Il s’agit du 17e album de Nick Cave et ses Bad Seeds habités, honorant la mémoire d’Arthur Cave, fils, emporté adolescent par le sadisme d’un nébuleux destin.

La douleur, essence créative suprême depuis la genèse de l’art, est la source de Ghosteen. Nick Cave, ton solennel, sobrement orchestré, exprime le traumatisme, au travers d’un silence et d’une noirceur, habités par la voix torturée, et pourtant si sincère de l’Australien. Illustré en pochette par un Eden somptueux, coloré d’un mysticisme paradoxalement rassurant, Ghosteen dresse la route d’une réunion optimiste, dans un au-delà plus clément. Pensée réconfortante, et conversation d’outre-cataclysme, l’album fige par sa dignité et son élégant parfum.

Nick Cave et les Bad Seeds s’extirpent de l’abyssale affliction, en créant une beauté profonde et indescriptible. Empreint de spiritualité, Ghosteen convoque Arthur pour un dernier adieu, au cœur duquel la sérénité remplace la souffrance.

L’amour transperce-mondes

Sans la rage d’antan, le groupe nous emmène dans une atmosphère intemporelle, entourée d’une brume inaccessible. Pris au piège du merveilleux, nous succombons à ce monde clos dès Spinning Song, quand Nick se répète:

Peace will come, a peace will come, a peace will come in time

L’exutoire, baigné dans une harmonie silencieuse, se poursuit durant 68 minutes, et comporte de véritables merveilles, telles que Waiting for You et Hollywood. Cave a mis en suspens son rock tentaculaire, le temps d’accompagner son enfant vers des terres de quiétude et de douceur.

Your soul is my anchor, never asked to be freed
Well sleep now, sleep now, take as long as you need Cause I’m just waiting for you
[…]
To return

Nick Cave fait démonstration de son génie pour retranscrire et véhiculer l’indescriptible émotion, l’inintelligible sentiment de la chute d’un monde. Apologie d’un amour qui transperce les dimensions, et qui permet aux êtres de s’aimer bien par delà des notions de vie et de mort, Ghosteen est un trésor, peut-être le plus mémorable de la longue carrière du sexagénaire.

Hugo Cellarier

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